Lise Stoufflet

Fabulations

November 18 - December 18, 2021

Curated by Claudia Cargnel

« Notre monde n’est qu’un monde parmi beaucoup d’autres, il y a d’innombrables autres mondes, (…) et toute manière possible dont un monde pourrait être est une manière d’être pour un monde. » (David Lewis, De la pluralité des mondes, 1986)

Comme le philosophe américain, figure de proue de la philosophie analytique contemporaine, qui a ouvert la voie théorique à un univers où d’innombrables mondes parallèles coexistent, chacun aussi réel et plausible que l’autre, Lise Stoufflet nous transporte dans l’univers de tous les concevables qui est le sien.

Intitulée Fabulations – en psychologie, la tendance à présenter des récits imaginaires, de façon plus ou moins organisée et cohérente, comme étant réels –, la première exposition personnelle de Lise Stoufflet à la galerie Pact se déploie en deux volets consécutifs, présentant chacun plusieurs ensembles de nouveaux tableaux en une confrontation oxymorique de compositions stylisées et de significations denses et stratifiées. À la lisière entre le réel et le fantastique, les compositions oniriques de Lise Stoufflet offrent une échappatoire au monde qu’on croit connaître, une porte ouverte à autant d’interprétations qu’il y a de regardeurs, car faisant appel aux émotions et aux sentiments propres de chacun.

Dans un style très identifiable, aux contours bien définis, et dans une gamme chromatique très personnelle, l’apparente simplification des images invite le spectateur à construire sa propre narration. Si les atmosphères en apparence calmes peuvent faire oublier au premier regard l’étrangeté des compositions, un détail incongru, une impossibilité physique viennent révéler l’entre-deux : le fantastique s’est invité dans le réel, ouvrant la porte à l’impossible.

Ainsi, dans le premier volet de l’exposition une femme et une pieuvre sont les protagonistes d’une étreinte énigmatique, tendre et sensuelle. Si le Japon a vu se développer le concept de shokushu gōkan, ou « tentacules érotiques », où des créatures munies de tentacules ont des rapports sexuels avec des femmes, et dont un des premiers et plus célèbres exemples est l’estampe de Katsushika Hokusai Le Rêve de la femme du pêcheur (1814), Lise Stoufflet explore plutôt, à travers cette étreinte complice, une possible communion entre humain et nature. Empreintes d’une apparente sérénité, les images révèlent un côté mystérieux : les doigts du personnage féminin ont eux-mêmes l’air de tentacules, et les appendices de la créature descendent de la surface dans l’eau.

L’univers de Lise Stoufflet fait appel au rêve et à l’imaginaire mais également aux souvenirs, à l’actualité, à des expériences vécues qu’elle traite par la métaphore en les transposant en images universelles, choisies pour leur potentiel poétique et évocateur. Après avoir croisé dans la rue un cortège de manifestants brandissant des pancartes représentant des yeux, l’artiste les transpose dans ses toiles en conservant le mystère de leur signification : certains y percevront une vision onirique, d’autres l’évocation d’une société du regard ou de la surveillance généralisée.

L’artiste transforme l’actualité en images métaphoriques et subliminales. Ainsi, l’omniprésence dans les médias d’images des multiples incendies qui frappent la planète, facilités par le changement climatique, sous-tend une troisième série de toiles : ici une cartomancienne propose au spectateur de choisir une carte parmi plusieurs, dont l’une est retournée et annonciatrice d’une catastrophe à venir – façon d’indiquer que le destin est déjà écrit, ou qu’il peut encore être évité ?

Dans ses fabulations, Lise Stoufflet illustre avec talent la pensée de Magritte : « Je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées. »

« Notre monde n’est qu’un monde parmi beaucoup d’autres, il y a d’innombrables autres mondes, (…) et toute manière possible dont un monde pourrait être est une manière d’être pour un monde. » (David Lewis, De la pluralité des mondes, 1986)

Comme le philosophe américain, figure de proue de la philosophie analytique contemporaine, qui a ouvert la voie théorique à un univers où d’innombrables mondes parallèles coexistent, chacun aussi réel et plausible que l’autre, Lise Stoufflet nous transporte dans l’univers de tous les concevables qui est le sien.

Intitulée Fabulations – en psychologie, la tendance à présenter des récits imaginaires, de façon plus ou moins organisée et cohérente, comme étant réels –, la première exposition personnelle de Lise Stoufflet à la galerie Pact se déploie en deux volets consécutifs, présentant chacun plusieurs ensembles de nouveaux tableaux en une confrontation oxymorique de compositions stylisées et de significations denses et stratifiées. À la lisière entre le réel et le fantastique, les compositions oniriques de Lise Stoufflet offrent une échappatoire au monde qu’on croit connaître, une porte ouverte à autant d’interprétations qu’il y a de regardeurs, car faisant appel aux émotions et aux sentiments propres de chacun.

Dans un style très identifiable, aux contours bien définis, et dans une gamme chromatique très personnelle, l’apparente simplification des images invite le spectateur à construire sa propre narration. Si les atmosphères en apparence calmes peuvent faire oublier au premier regard l’étrangeté des compositions, un détail incongru, une impossibilité physique viennent révéler l’entre-deux : le fantastique s’est invité dans le réel, ouvrant la porte à l’impossible.

Ainsi, dans le premier volet de l’exposition une femme et une pieuvre sont les protagonistes d’une étreinte énigmatique, tendre et sensuelle. Si le Japon a vu se développer le concept de shokushu gōkan, ou « tentacules érotiques », où des créatures munies de tentacules ont des rapports sexuels avec des femmes, et dont un des premiers et plus célèbres exemples est l’estampe de Katsushika Hokusai Le Rêve de la femme du pêcheur (1814), Lise Stoufflet explore plutôt, à travers cette étreinte complice, une possible communion entre humain et nature. Empreintes d’une apparente sérénité, les images révèlent un côté mystérieux : les doigts du personnage féminin ont eux-mêmes l’air de tentacules, et les appendices de la créature descendent de la surface dans l’eau.

L’univers de Lise Stoufflet fait appel au rêve et à l’imaginaire mais également aux souvenirs, à l’actualité, à des expériences vécues qu’elle traite par la métaphore en les transposant en images universelles, choisies pour leur potentiel poétique et évocateur. Après avoir croisé dans la rue un cortège de manifestants brandissant des pancartes représentant des yeux, l’artiste les transpose dans ses toiles en conservant le mystère de leur signification : certains y percevront une vision onirique, d’autres l’évocation d’une société du regard ou de la surveillance généralisée.

L’artiste transforme l’actualité en images métaphoriques et subliminales. Ainsi, l’omniprésence dans les médias d’images des multiples incendies qui frappent la planète, facilités par le changement climatique, sous-tend une troisième série de toiles : ici une cartomancienne propose au spectateur de choisir une carte parmi plusieurs, dont l’une est retournée et annonciatrice d’une catastrophe à venir – façon d’indiquer que le destin est déjà écrit, ou qu’il peut encore être évité ?

Dans ses fabulations, Lise Stoufflet illustre avec talent la pensée de Magritte : « Je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées. »